Par André Raymond, CRHA, directeur du Service du développement professionnel, Université Laval

Le Service du développement professionnel de l’Université Laval, en collaboration avec la firme Léger, a mené cet automne une enquête auprès des employeurs. Cette étude sondait les besoins des employeurs en matière de recrutement et de formation.

Notre étude a été menée par sondage en ligne auprès de 885 employeurs. Pour se qualifier à l’étude, les répondants devaient être responsables (ou en partie responsables) du recrutement ou de la formation des employés au sein de leur organisation. Les entreprises sondées provenaient principalement des régions de la Capitale-Nationale (49 %), de Chaudière-Appalaches (13 %) et de Montréal (8 %), soit les marchés cibles de l’Université Laval. Ces employeurs provenaient de tous les secteurs (privé, public, OBNL) et de tailles variées (moins de 10 employés à plus de 500 employés).

Faits saillants

Les besoins

Notre enquête s’intéressait davantage aux besoins en compétences de type « soft skills » étant donné que les compétences techniques sont difficiles à regrouper et requièrent souvent des activités de formation sur mesure, spécialement conçues par des experts et souvent difficiles à transférer à d’autres organisations.
Selon les responsables de formation, les compétences les moins développées chez :

  • Les candidats ayant moins de deux ans d’expérience professionnelle sont le sens de l’initiative (53 %) et la gestion du stress (49 %).
  • Les employés cumulant plus de deux ans d’expérience sont la planification stratégique (40 %), le sens politique (38 %), l’adaptabilité et l’agilité (38 %).
  • Les gestionnaires, seraient la gestion de conflit (43 %,) la gestion du changement (41 %) et la capacité de s’entourer et déléguer (39 %).

Les méthodes de suivi

24 % des répondants ont déclaré utiliser une plateforme numérique d’apprentissage au sein de leur organisation.

Niveau d’investissement en formation continue

53 % des organisations interrogées déboursent moins de 1 000 $ annuellement par employé en formation continue.

Quelques constats

Du côté du Service du développement professionnel de l’Université Laval (SDP), nous étions très intéressés à connaître les besoins spécifiques pour les candidats ayant moins de 2 ans d’expérience professionnelle. Il faut savoir que le SDP accompagne aussi dans son mandat les étudiants dans leur intégration au marché du travail. Différents sondages menés à l’échelle nationale identifient que les employeurs trouvent que l’écart entre les compétences recherchées et celles maîtrisées par les nouveaux diplômés est plus important qu’il y a dix ans.

Notre objectif est de mieux comprendre cet écart pour, d’une part, informer nos directions de programmes et, d’autre part, mieux accompagner nos étudiants et récents diplômés en les informant des besoins exprimés par les employeurs. Ainsi, sans grande surprise, le sens de l’initiative, le niveau d’autonomie et la gestion du stress sont sortis en tête de peloton des compétences à développer, ce qui est tout à fait normal pour une personne qui a peu d’expérience de travail et qui intègre le marché du travail.

Par ailleurs, le besoin de développer des connaissances numériques n’a été mentionné que par 5 % des répondants, ce qui nous permet d’affirmer qu’au niveau technologique, la relève est très bien préparée et ne requiert pas de mise à niveau particulière. Sur la base des réponses obtenues, on peut également considérer que les nouveaux diplômés maîtrisent bien le travail d’équipe, ont de bonnes habiletés relationnelles et une bonne capacité d’innovation.

Lorsqu’on regarde plutôt du côté des professionnels d’expérience, on identifie des lacunes au niveau de la planification, du sens politique, de l’adaptabilité et de la gestion du stress. Cependant, l’éthique, le sens de l’initiative et le travail d’équipe semblent être des compétences bien maîtrisées.

Selon les répondants, dans 48 % des cas, c’est l’employé et son gestionnaire qui choisissent conjointement les formations à suivre en fonction de ce qui est offert sur le marché. Seulement 9 % des gens déclarent choisir leur formation parmi une liste proposée par leur employeur, ce qui laisse à penser qu’il y a encore beaucoup d’organisations qui n’investissent pas dans la mise en place de parcours de formation conçus et développés pour leurs besoins. Par ailleurs, 29 % des employeurs déclarent investir moins de 500 $ par année, par employé, en formation et 23 % des répondants ignorent le montant consacré en formation alors qu’ils s’identifient comme porteur du dossier au sein de leur organisation.

Ce constat est très surprenant dans le contexte actuel où LinkedIn prétend que 50 % des employés en Amérique du Nord se questionnent présentement sur leur emploi actuel et que la majorité des entreprises identifie la rétention du personnel comme étant le défi le plus important que leur organisation doit relever. Malgré l’immense offre de formation, on comprend qu’il y a encore un grand marché à développer.