Lorsqu’il était ministre à l’Éducation et à l’Emploi, en 2002, Sylvain Simard a fait adopter la première — et encore la seule à ce jour — Politique gouvernementale d’éducation des adultes et de formation continue au Québec, « Apprendre tout au long de la vie », assortie d’un plan d’action ambitieux. Quel regard pose-t-il aujourd’hui sur cet enjeu ?

Alors que le Québec nage en pleine pénurie de main-d’œuvre, on peut dire que la politique élaborée de concert avec la ministre déléguée à l’Emploi, Agnès Maltais, il y a seize ans avait vu juste. « Bien sûr, il y a certains points qui mériteraient d’être actualisés, mais nous tentions de résoudre des problèmes qui sont encore aujourd’hui d’actualité. Par exemple, nous avions prévu à l’époque que les besoins de main-d’œuvre d’ici les vingt prochaines années seraient considérables et qu’il serait difficile de satisfaire aux besoins dans l’état actuel des choses », se rappelle-t-il.

Une situation qui touche de plein fouet le Québec d’aujourd’hui, constate l’ancien député péquiste qui œuvre maintenant à la Société de développement économique de Sorel-Tracy. Si depuis 2002, les questions d’adéquation entre la demande et la formation se sont améliorées, il reste encore du chemin à faire.

Parmi les enjeux toujours actuels, Sylvain Simard cite aussi en exemple l’adaptation aux nouvelles technologies, l’intégration des immigrants et la formation sur mesure qualifiante. Mais, plus fondamentalement, il y a encore un problème en matière de formation de base, alors que le Québec doit composer avec un taux élevé d’analphabètes fonctionnels. Une situation alarmante dans une société basée sur l’économie du savoir. « Dans un monde aussi informatisé que le nôtre, il y a des gens qui passent à côté et il faut absolument les récupérer », plaide-t-il.

Si l’adoption en 2002 de la politique « Apprendre tout au long de la vie », alors unique au monde, a permis de grands pas en avant, il reste encore du chemin à parcourir, estime Sylvain Simard. Par exemple, tout le dossier de la reconnaissance des acquis a beaucoup évolué depuis, tout comme celui de la formation continue chez certains professionnels comme les avocats. Par contre, l’aide à l’intégration des immigrants a plutôt reculé depuis la fermeture des Centres d’orientation et de formation des immigrants (COFI), vers la fin des années 2000.

« La compétition ne se joue plus au niveau des matières premières qui se transportent d’un pays à l’autre. C’est vraiment la formation de la population qui fera qu’un pays s’en tirera mieux que les autres. »Malheureusement, dans le contexte de restrictions budgétaires qu’a connu le Québec au cours des dernières années, les sommes allouées à la formation et à l’éducation des adultes n’ont pas toujours suivi. Ainsi, Sylvain Simard estime que l’ambitieux plan d’action adopté à l’époque devrait être revu aujourd’hui. « C’est dans le plan d’action que se retrouvent les moyens accordés aux différents ministères et acteurs de la société pour réaliser le tout. Mais l’état fonctionne souvent par année, par élection. Et en période de restriction budgétaire, les objectifs à long terme comme l’éducation des adultes ne sont pas une priorité. »

Un mauvais calcul, selon lui, alors que certaines régions du Québec sont « presque paralysées par le manque de personnel ». Il est donc urgent de remettre la formation continue et l’éducation aux adultes aux cœurs des propriétés de l’État, alors que la concurrence entre les pays sur l’échiquier mondial est très forte. « La compétition ne se joue plus au niveau des matières premières qui se transportent d’un pays à l’autre. C’est vraiment la formation de la population qui fera qu’un pays s’en tirera mieux que les autres. »

Il espère donc que le nouveau premier ministre, François Legault, qui a lui-même été ministre de l’Éducation, saura faire de la formation sous toutes ses formes une priorité pour les prochaines années. « Il n’y a pas de succès pour une société que l’excellence. Et cette excellence ne peut se développer autrement qu’en misant sur une formation de base solide et des apprentissages tout au long de la vie », conclut Sylvain Simard.

About the author
Laisser un commentaire

Your email address will not be published. Required fields are marked *

EffacerSoumettre