Vieillissement de la population. Transformation technologique. Transition vers une économie verte. L’économie du Québec se trouve à la croisée des chemins. Pour ne pas être dépassé, il est urgent d’agir, pense le nouveau président de la CPMT, Jean Lortie. Ce qui passe par la formation continue.

« Si on n’y prend pas garde, l’échéance de la potence guette l’économie du Québec », déclare d’emblée Jean Lortie. En effet, si le Québec ne met pas le pied sur l’accélérateur pour préparer aujourd’hui les travailleurs et les travailleuses aux enjeux de demain, il risque tout simplement de manquer le bateau. Et le compte à rebours est déjà commencé, estime le président, alors que l’intelligence artificielle se déploie et que les changements climatiques sont à notre porte. Idem pour l’électrification des transports qui transformera plusieurs industries et emplois. « Il faut prendre des actions majeures pour accompagner les travailleurs et les travailleuses dans ce virage et aider des secteurs qui n’ont pas naturellement cette culture de formation continue », plaide-t-il.

La formation et le développement des compétences s’avèrent cruciaux pour s’adapter aux changements numériques et faire face à la pénurie de main-d’œuvre, alors que 1,4M de postes seront à pourvoir d’ici 2030, notamment à cause des départs à la retraite, fait-il valoir. Or, le Québec accuse un retard à ce chapitre. « L’économie québécoise repose en grande partie sur les PME. Dans ces entreprises, on a rarement le temps de planifier de façon stratégique la formation, il y a des lacunes à ce chapitre à cause de notre tissu industriel. Il faut trouver une façon d’accompagner ces acteurs. Il faut innover, mettre en place des programmes audacieux, provoquer un électrochoc pour répondre à l’urgence d’agir. »

C’est d’autant plus important que plus de la moitié des Québécoises et des Québécois éprouvent des difficultés en ce qui a trait à la littératie, la littératie numérique et à la numératie, insiste-t-il. Or, les changements dans l’économie rendront de plus en plus difficiles les conditions d’emplois pour ces personnes.

Cartographier la formation continue

Avant de se lancer dans l’action, il fallait bien comprendre quelles sont les forces en présence en matière de formation continue, explique Jean Lortie. « Avec 48 cégeps, 19 universités, quelque 70 centres de services scolaires, 29 comités sectoriels de main-d’œuvre, des ordres professionnels, c’est une véritable nébuleuse », illustre-t-il. Pour avoir un portrait juste de l’offre, la CPMT et ses partenaires ont donc cartographié l’écosystème de la formation continue publique au Québec. L’exercice aura permis de mieux comprendre les différentes constellations qui gravitent autour de cet enjeu.

Autrement dit, l’exercice a permis d’identifier les joueurs se trouvant sur la « patinoire ». Tous les acteurs du milieu peuvent ainsi s’y référer pour aiguiller les entreprises ayant besoin de formation vers les bons intervenants. Cet outil permettra aussi, espère Jean Lortie, de faciliter la collaboration. De son côté, l’ACDEAULF prévoit aussi poser sa loupe sur la formation continue universitaire, une autre constellation en soi, puisqu’elle est régie par des codes différents en matière de formation continue.

Le président de la CPMT aimerait aussi se rapprocher du milieu universitaire pour mieux combler les besoins des travailleuses et travailleurs. D’ailleurs, Jean Lortie a récemment rencontré le Bureau de coopération interuniversitaire (BCI) pour renforcer les liens avec ces institutions. « C’est certain qu’en matière de formation continue, chaque université a ses propres façons de faire, ses propres projets. Mais j’aimerais voir ce que nous pourrions développer, comment nous pourrions collaborer ensemble. » Un appel qui a reçu un accueil très positif, selon lui. « J’aimerais organiser prochainement une autre rencontre avec le BCI pour ouvrir un chantier à cet égard. »

De plus, il serait intéressant de créer des ponts entre le monde universitaire et les comités sectoriels de main-d’œuvre, précise Jean Lortie.

Un ambitieux plan sur cinq ans

Dans les cinq prochaines années, la CPMT mettra aussi en œuvre différentes actions phares « pour préparer les organisations et adapter la main-d’œuvre aux transitions majeures du marché du travail en cours et qui prendront de l’ampleur au cours de la décennie », explique le Rapport quinquennal 2018-2023 sur la Loi favorisant le développement et la reconnaissance des compétences de la main-d’œuvre, déposé à l’Assemblée nationale en juin dernier. Parmi ces actions, la CPMT recommande au gouvernement de revoir la Politique gouvernementale d’éducation des adultes, adoptée en 2002. « Si cette loi est encore en partie d’actualité, elle mérite qu’on la revisite et surtout, qu’on la dote de moyens d’action », souligne Jean Lortie.

La création d’un cadre national des compétences, outil de référence permettant de « recenser, d’organiser, de cibler et de définir la nature des compétences pouvant être acquises à travers un parcours de formation et d’emploi », décrit le rapport, s’ajoute à cette liste. Une première étape permettant de faciliter la collaboration entre les différents acteurs. « Cela va nous permettre d’adopter un langage commun, de développer une grammaire qui sera adoptée par tout le monde », soutient Jean Lortie.

Suite à cette analyse, le Québec souhaite implanter un « passeport compétences », autre mesure phare du rapport quinquennal. « Ce type de passeport existe déjà dans d’autres juridictions, notamment en Australie et à Singapour. Cela permet aux employeurs de savoir, en un coup d’œil, quelles sont les compétences à développer chez une personne, sans avoir besoin de faire un diagnostic compliqué. Ces compétences vont s’ajouter au passeport pendant le parcours de formation et d’emploi de la personne, témoignant de tout ce qu’elle sait faire. »

« Par ces actions, on veut se donner un choc salutaire, prendre le taureau par les cornes. Ce sont des mesures costaudes qui permettront l’implantation d’une culture forte de formation continue, espère le président. Pour faire face à la crise, il faut oser, provoquer le changement, être audacieux. Et c’est ce que nous essayons de faire à la CPMT. » Des efforts qui s’inscrivent dans un esprit de collaboration avec tous les acteurs de la formation continue. « Nous voulons aussi raffermir nos liens avec les universités québécoises, qui sont un fleuron », conclut-il.