Entrevue avec Gilles Bronchti, professeur et directeur du département d’anatomie de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR)

Qui pense à l’utilisation de cadavres en formation, imagine des étudiants en train de disséquer un corps pendant un cours d’anatomie classique. Mais, grâce à différentes techniques d’embaumement, le laboratoire d’anatomie humaine de l’Université du Québec à Trois-Rivières ratisse beaucoup plus large. Entretien avec Gilles Bronchti, le directeur du département responsable de ce laboratoire, l’un des plus actifs au Québec en matière de formation continue.

Si lors de sa création en 1993 le laboratoire d’anatomie humaine ne servait qu’aux étudiants en chiropratique de l’UQTR, sa mission s’est élargie au fil du temps, et les installations accueillent maintenant autant des professionnels du domaine la santé, que des étudiants universitaires et collégiaux. Si bien qu’il y a deux ans, le laboratoire a accueilli 1 300 étudiants, estime Gilles Bronchti. Un chiffre en hausse constante.

Si d’autres laboratoires du genre existent à travers le Québec, la particularité de cette installation de l’UQTR, c’est la multitude de techniques d’embaumement qui y sont pratiquées, ouvrant la porte à différentes applications. D’abord, l’embaumement classique à l’aide de formol, une technique qui rend les corps rigides. Ce qui facilite la vie des étudiants en anatomie, lorsque vient le temps de disséquer un corps.

Le laboratoire utilise également la méthode Thiel, qui permet de conserver la souplesse des tissus et du système musculosquelettique. Très utile pour affiner ses gestes chirurgicaux, cette façon de conserver les corps est également très pratique pour ceux qui s’intéressent aux articulations en mouvement, comme les podiatres ou les chiropraticiens, cite en exemple M. Bronchti.

« Nous sommes également l’un des rares laboratoires, voire le seul au Québec, à travailler aussi l’embaumement au sel, qui rend le corps un peu plus rigide que la méthode Thiel, mais qui permet de conserver certaines structures en meilleur état, comme la peau ou la moelle épinière », explique le directeur.

Des propriétés différentes, adaptées à différentes réalités d’apprentissage. Par exemple, les étudiants en soins préhospitaliers d’urgence peuvent faire des massages cardiaques autrement que sur un mannequin qui n’a rien de réel. « Ils réalisent alors que les corps inertes sont lourds et difficiles à déplacer, illustre Gilles Bronchti. Parfois, des cotes se cassent lors des massages et ils doivent continuer quand même. »

Chaque année, le laboratoire reçoit également des infirmières spécialisées en esthétique. « Elles peuvent alors faire une injection au botox, par exemple, sur un corps salé et, ensuite, faire une petite dissection pour voir précisément où se loge le liquide et s’il y a des vaisseaux dangereux à proximité », décrit le directeur. Autres exemples : les étudiants en ostéopathie sont capables de voir de visu les articulations, tandis que les thanatopracteurs peuvent tester de nouvelles techniques de travail. « Depuis 2013, nous recevons aussi des enseignants collégiaux dans différentes techniques de la santé, qui viennent approfondir leurs connaissances en anatomie dans nos laboratoires », ajoute Gilles Bronchti.

Bref, pour le directeur, l’utilisation de cadavres présente une véritable opportunité pour étudier le corps humain sous toutes ses facettes. Une bibliothèque en 3D qu’il serait impossible de consulter autrement. C’est également un outil parfait pour pratiquer dans des conditions qui se rapprochent de la réalité, avec des corps de différents poids et de différents âges, notamment.

Si le besoin pour de la formation au laboratoire d’anatomie est réel, les installations de l’UQTR permettent aussi de mener différentes recherches, comme le projet CAVIAR. De concert avec des chercheurs français, on y étudie la ventilation pendant les messages cardiaques. Autant de bonnes raisons de donner son corps à la science !

Intéressé ? L’émission Découverte s’est penché sur le laboratoire. À visionner ici 

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