Le Centre de documentation sur l’éducation des adultes et la condition féminine (CDEACF), récipiendaire du Prix d’Excellence 2019 de l’ACDEAULF – catégorie Entreprise

En matière numérique, « (…) posséder les codes et les clés qui ouvrent les portes reste limité à un petit nombre de privilégiés », a lancé Judith Rouan, directrice générale du CDEACF lorsqu’elle a reçu le prix d’excellence de l’ACDEAULF, catégorie Entreprise, le 5 juin dernier. C’est d’ailleurs pour limiter cette fracture technologique que le centre s’est toujours fait un point d’honneur d’offrir de former les travailleuses et travailleurs d’organismes communautaires à travers le Québec aux TIC.

Si le centre a comme mission première d’offrir de la documentation sur l’éducation aux adultes et la condition féminine, son équipe a eu tôt fait d’ajouter la littératie numérique à ses services. « Le CDEACF, c’est beaucoup plus qu’une bibliothèque, des étagères et des livres, illustre la directrice générale. C’est aussi un moyen de diffuser de l’information. Nous avons donc un rôle de médiateur, pour nous assurer que les intervenants sont capables d’outiller à leur tour leur public. Nous tentons de mettre en place des façons d’avoir accès à ce savoir », explique la directrice générale. Ainsi, dès l’apparition des nouvelles technologies, les membres du CDEACF ont accompagné formateurs et formatrices dans différents organismes communautaires pour qu’ils puissent à leur tour « former, éduquer et alphabétiser leur public », explique la directrice générale.

Si, au départ, les premières formations offertes ont permis d’apprendre comment utiliser un ordinateur, se servir de logiciels de base ou encore créer un site web, l’offre, tout comme les enjeux, ont évolué au fil du temps. « Nous travaillons notamment sur toutes les questions de sécurité, de confidentialité, qui viennent avec la présence en ligne des organismes communautaires », explique pour sa part Lise Chovino, agente de développement et responsable, condition des femmes. Le CDEACF tente donc d’outiller les intervenants pour qu’ils puissent être autonomes face aux technologies.

Un enjeu qui touche tout le monde, mais plus particulièrement les plus vulnérables. D’ailleurs, c’est dans cette optique que le CDEACF a mis sur pied un programme de formation pour les intervenantes en centre d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale. Elles sont formées sur la sécurité et les objets connectés alors qu’aujourd’hui, de plus en plus de technologies incluent la géolocalisation. Sans compter les médias sociaux qui peuvent aussi créer des brèches dans la sécurité des femmes. « Certains hommes sont capables de contrôler à distance le thermostat intelligent ou même les lumières et s’en servent pour semer la peur », raconte Lise Chovino. D’autres peuvent espionner leur ex, puisqu’ils ont leur mot de passe sur les réseaux sociaux. Jusqu’à maintenant, ce programme créé en 2016, a permis de former plus de 200 intervenantes jusqu’à maintenant.

Utilisation des technologies à des fins andragogiques, création de formations en ligne, veille et accompagnement de groupes communautaires pour qu’ils puissent exploiter leur plein potentiel numérique : on peut dire que la petite équipe ne chôme pas! Sans compter que, prêchant par l’exemple, l’organisme consacre au moins 1 % de sa masse salariale à la formation de ses employés. « Et nous développons aussi des outils novateurs qui permettent non seulement de tenir des réunions virtuelles, mais de comptabiliser les votes par catégorie de membres », ajoute Judith Rouan. L’équipe travaille également sur une formation pour les « aidants numériques », par exemple ceux qui devront donner un coup de main à un tiers incapable d’obtenir des services en ligne – remplir son rapport d’impôt, par exemple.

Car il ne faut pas oublier que, encore aujourd’hui, il existe de grandes inégalités dans la maîtrise du numérique et que celles-ci ne permettent pas à tous les groupes ni à tous les individus d’exploiter leur plein potentiel. La littératie numérique, tout comme l’alphabétisation, devient donc un enjeu essentiel. « Comme nous sommes un organisme communautaire, nous sommes portés par une mission de justice sociale et de démocratisation », lance Judith Rouan. L’équipe conserve donc un regard critique, tout en se faisant un médiateur du numérique.

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