Luc Bissonnette
Amélie Bernier
Steve Jacob
Maude Boulet

Vous arrivez dans une clinique médicale, devant un guichet qui vous permet de vous enregistrer virtuellement, sans secrétaire. Ensuite, vous passez dans une salle d’examen, entièrement automatisée. Deux semaines plus tard, vous recevez un courriel vous annonçant que vous avez un cancer et qu’il vous reste deux mois à vivre.

Cette anecdote, racontée par Luc Bissonnette, professeur en sciences sociales au département d’économie de l’Université Laval, montre bien l’une des préoccupations des chercheurs quant à l’utilisation toujours plus grande des technologies dans le monde du travail et la vie quotidienne. Dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, l’automatisation d’une partie des emplois actuels semble inéluctable. Si cela permet d’économiser des coûts, ce ne sont pas toutes les tâches qui s’y prêtent, ajoute l’économiste. « Les robots sont très bons pour répondre à des questions quand les réponses sont déjà connues, par exemple pour fouiller dans la jurisprudence pour trouver certaines occurrences. Mais s’il faut se montrer empathiques ou trouver des réponses créatives, c’est différent. »

Ainsi, les « soft skills » auront la cote auprès des employeurs. La tendance est déjà amorcée alors que le chercheur a épluché – grâce à un système automatisé – plus de 336 millions d’offres d’emplois publiées aux États-Unis. Des compétences comme la communication ou la capacité d’adaptation y étaient largement représentées. Un point de vue partagé par Amélie Bernier, professeure en ressources humaines et relations industrielles à l’Université TÉLUQ, qui estime que les entreprises recherchent « des employés pour leur potentiel d’apprentissage, plutôt que des gens qui connaissent toutes les technologies, pour faire face à ces transformations. On veut des employés qui s’adaptent. »

Ce virage pose plusieurs questions. Par où commencer la transformation? Comment tracer la ligne entre vie privée et personnelle? Comment éviter de stigmatiser toute une partie de la population qui n’a pas les compétences d’être aux commandes de l’automatisation? Comment anticiper ces changements et suivre le courant? Comment susciter l’adhésion de ses troupes au changement? Et surtout, comment la formation peut-elle suivre le courant?

S’il est possible d’apprendre presque tout sur YouTube, par exemple, la formation continue a une longueur d’avance sur l’enseignement virtuel. « Dans certains domaines, il est possible de se former soi-même ou avec un enseignant qui n’a pas beaucoup d’expérience. Mais en formation continue, il faut avoir une grande expérience pour répondre aux situations concrètes évoquées par les étudiants », a expliqué Steve Jacob, professeur au département de science politique de l’Université Laval.

« Ce qui me frappe le plus actuellement, c’est le fait que nous allons probablement assister à la dématérialisation des lieux d’enseignement. Est-ce que nous devrons ajouter des outils comme Skype ou Zoom ou même aller du côté de l’enseignement virtuel? », a aussi questionné Maude Boulet, professeure en gestion des ressources humaines publiques à l’ÉNAP. Les universités devront donc non seulement se montrer flexibles, mais aussi rapides, offrir du contenu personnalisé et en temps réel, et faire place à la collaboration. Autant de pistes de réflexion évoquées lors de ce panel d’experts.

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