Journées d’étude 2024

La formation continue : ensemble, pour arriver à bon port

Date
5 et 6 juin 2024


En présence
Université du Québec à Rimouski
300, allée des Ursulines
Rimouski (Québec)
G5L 3A1

Merci à nos partenaires
des Journées d’étude 2024!

Partenaire Diamant

Commission des partenaires du marché du travail
Madame Maïté Blanchette-Vézina

Députée de Rimouski
Ministre des Ressources naturelles et des Forets
Ministre responsable de la région du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie-îles-de-la-Madeleine

Partenaire Or

Direction de la francophonie canadienne, ministère de la langue française

Partenaire Argent

Madame Kateri Champagne Jourdain
Ministre de l’Emploi
Ministre responsable de la région de la Côte-Nord

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Thèmes présentés

Contexte

Dans un monde en constante évolution, l’apprentissage tout au long de la vie est plus que jamais nécessaire. Ce qui demande une collaboration de tous les acteurs, le sujet des Journées d’étude qui se sont déroulées les 4 et 5 juin à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR). Un thème qui a été découpé en différents types de relations, que ce soit avec les communautés autochtones, avec d’autres pays ou encore avec des entreprises. La relation entre l’éducation et les technologies – avec les avancées de l’intelligence artificielle au premier plan – ont aussi fait l’objet de plusieurs ateliers.

Invité à prendre la parole pour ouvrir ces journées de réflexion, le président de la Commission des partenaires du marché du travail (CPMT), Jean Lortie, a affirmé d’entrée de jeu sa « volonté de resserrer les liens avec le monde universitaire. » Il a aussi rappelé que l’organisme a déposé l’an dernier un plan quinquennal contenant trois mesures-phares en matière d’apprentissage tout au long de la vie, soit l’implantation d’un carnet de compétences de la main-d’oeuvre, un cadre national de reconnaissance des compétences et une mise à jour de la politique d’éducation des adultes au Québec.

Des chantiers d’autant plus importants que le Québec se trouve à la croisée des chemins, avec les changements démographiques, numériques et la révolution verte qui s’amorcent. La formation devra donc être au cœur de la stratégie pour faire face à ces transformations. « Clairement, l’un des défis c’est de travailler ensemble, avec les trois ordres d’enseignement et tous les acteurs pour développer cette cohésion essentielle afin d’améliorer les compétences des travailleurs », a expliqué le président. Un bon exemple de collaboration permettant d’arriver à bon port.

Naviguer avec grâce sur les eaux troubles de l’IA pour accoster le rivage d’un monde plus juste, plus vert, plus éthique

Ollivier Dyens Professeur titulaire – Université McGill

Discuter avec un être cher décédé. Développer une amitié avec un avatar programmé selon ses besoins. Dessiner en trois dimensions dans un univers immersif. Créer une discussion en classe avec un personnage historique. Réussir à analyser des milliards d’études scientifiques pour créer des liens…

La technologie –l’intelligence artificielle en tête – est en train de bouleverser le monde dans lequel nous vivons, a rappelé Ollivier Dyens, professeur titulaire au Département des littératures de langue française, de traduction et de création de l’université McGill. « Nous mettons actuellement le pied sur un nouveau continent qui est à la fois humain et à la fois machine. Et le défi, en tant qu’éducateur et éducatrice, mais aussi en tant que citoyen et citoyenne, c’est d’en faire quelque chose de beau, de plus humain, de plus éthique et non pas quelque chose de terrifiant », a-t-il expliqué.

Pour tenir compte de cette réalité, les pédagogues n’auront donc d’autres choix que de revoir leurs façons d’enseigner et d’évaluer. « Aujourd’hui, il faut former des navigateurs et des explorateurs audacieux, éthiques, créatifs et courageux. Nous devrons donc adapter nos méthodes, nos approches, pour les préparer à créer par eux-mêmes un monde juste, équitable et durable », a-t-il affirmé citant en exemple Bulding 21, projet qu’il a fondé à McGill et qui mise sur l’interdisciplinarité. « Nous pilotons des projets qui ne se font nulle part ailleurs, où les étudiants ne sont pas notés et ne reçoivent pas de crédit, mais qui mettent en commun des étudiants de plusieurs départements et cycles. »

Alors que le monde subira l’équivalent de 20 000 ans de changements technologiques d’ici 2100, les éducateurs devront eux-mêmes apprendre à naviguer à travers ces bouleversements, a soutenu l’auteur de plusieurs livres. Il faut donc explorer ces technologies, en comprendre les principes et les écueils, pour ensuite les utiliser pour améliorer l’expérience pédagogique des étudiants. Par exemple, la technologie a tendance à créer un certain isolement en se substituant au réel à l’aide d’avatars.

Or, s’il faut en surveiller les dérives, la technologie peut aussi contribuer à créer un monde meilleur, à condition de multiplier les efforts en ce sens. Le professeur a aussi évoqué la notion de Qualia, un terme philosophique désigne les perceptions et les émotions d’une expérience, qui pourrait être augmentée sous l’effet de l’IA. « La technologie peut rendre l’expérience plus intéressante en multipliant les moments riches et sensibles. On peut donc l’utiliser pour créer des environnements éducatifs plus beaux, plus émouvants et plus stimulants. »

Bref, il ne s’agit pas d’une course contre la machine, puisqu’elle serait perdue d’avance, mais d’une course avec la machine, a-t-il conclu. Une conférence qui a donné le ton aux journées d’étude, alors que plusieurs ateliers ont abordé ces questions.

L’IA, un levier pour l’innovation

Anne Nguyen Directrice Responsable de l’IA, Conseil de l’Innovation du Québec

Alors que le Québec se classe au septième rang au monde de l’Index IA, devant des pays comme la France, encore faut-il se préparer pour conserver cette place et utiliser cette technologie comme levier d’innovation. Ce qui passe entre autres, par un encadrement juridique permettant d’en limiter les risques, ainsi que la formation de tous les membres de la société, que ce soit les citoyens, les élus, les enseignants, les décideurs ou les entrepreneurs.

C’est du moins l’une des conclusions du rapport « Prêt pour l’IA », qui a été déposé en 2024 par le Conseil de l’Innovation du Québec. Un travail qui a réuni 15 coresponsables de contenus, 250 experts et récolté plus de 420 contributions citoyennes. « L’IA a déjà un impact sur différents aspects de la société et il faut cohabiter avec cette technologie, apprendre à cocréer avec elle. Et pour cela, il faut d’abord en comprendre les impacts », a expliqué la directrice et responsable de l’IA au sein de cet organisme, Anne Nguyen.

Art et culture, environnement, démocratie et monde du travail sont tous touchés par ces innovations. « Par exemple, il faut savoir que l’utilisation de l’intelligence artificielle demande énormément d’énergie, mais en même temps permet d’analyser les données en lien avec les changements climatiques, la qualité de l’air et de l’eau, la déforestation, et la biodiversité. Ces informations servent à identifier les tendances, à prédire les risques et à informer les décideurs politiques des actions à prendre », a-t-elle donné en exemple.

Idem en entreprise, où l’IA permet d’automatiser certaines tâches, comme classer des courriels, organiser une tâche ou un calendrier, résumer un document, et d’améliorer le quotidien des travailleurs. « Dans certains entrepôts, il fallait grimper dans des échelles pour faire l’inventaire, illustre Anne Nguyen. Aujourd’hui, avec l’utilisation de drones et de l’IA, ce n’est plus nécessaire. » Ainsi, les organisations qui apprennent à manipuler ces outils auront une longueur d’avance sur les autres. Ce qui pose la question de l’apprentissage de ces outils. « Est-ce que nous avons assez de gens au Québec pour former les citoyens à l’utilisation de l’IA? », a demandé la spécialiste.

Former la nation

Parmi les 12 recommandations du Conseil, l’organisme propose de « former la nation afin que tous les Québécois profitent de l’IA et pour favoriser une adoption responsable de l’IA. » « Quels sont les savoir-être, les savoir-faire pour que les organisations soient prêtes à accueillir l’intelligence artificielle? Car il faut s’assurer que tout le monde ait les connaissances pour y naviguer, alors que tout évolue très vite », poursuit-elle. La méconnaissance de ces outils, et de leur utilité, est d’ailleurs un frein à l’adoption de l’IA en entreprise.

Pour accélérer la mise à niveau des connaissances des travailleurs et des organisations du Québec, le conseil recommande de mettre en place un programme de formation des formateurs. Or, il est déjà possible pour les services de formation continue d’anticiper ces besoins, selon la directrice. Pour s’inspirer, elle suggère de consulter la CPMT, qui a identifié les compétences exigées pour la transformation numérique. Il existe aussi plus de 150 livres blancs émanant de la recherche sur l’IA. Autant de pistes de réflexion pour l’avenir.

Productivité et nouvelles technologies

Conséquences sur le marché du travail et regard sur la collaboration intersectorielle

Alexandre Gauthier Belzile Économiste pour la direction régionale de Service Québec

Au chapitre de la productivité, le Canada accuse un retard sur les autres pays du G7 et le Québec se trouve à la traîne derrière le Canada. Or, la technologie pourrait contribuer à diminuer, voire effacer cet écart. À condition de préparer les travailleurs d’aujourd’hui aux enjeux de demain.

Si les entreprises ont souvent le réflexe d’embaucher pour maintenir leurs activités à flot, c’est de plus en plus difficile dans le contexte démographique actuel, a mentionné Amélie Hupé, directrice du marché du travail et des services spécialisés à la direction générale de Services Québec du Bas-Saint-Laurent. « Actuellement, ce n’est pas vraiment viable, si bien qu’il faut travailler sur d’autres variables pour augmenter la productivité. Ce qui demande de sensibiliser les organisations pour qu’elles pensent en dehors du cadre. »

Amélie Hupé Directrice du marché du travail et des services spécialisés – Service Québec

En effet, la réorganisation du travail ou l’amélioration des compétences de la main-d’œuvre permettent d’augmenter l’efficacité en entreprise, a donné en exemple Alexandre Gauthier Belzile, économiste régional de la direction générale de Services Québec du Bas-Saint-Laurent. Des gains importants sont aussi à faire grâce à l’innovation et l’adoption de technologies comme l’IA, alors que moins de 5% des organisations au pays l’utilisent actuellement.

Une situation qui pourrait changer, puisque les données montrent que plusieurs d’entre elles entendent s’y mettre d’ici peu. « Selon la Chambre de commerce du Canada, 50% des entreprises pourraient utiliser l’IA générative d’ici 2027 ou 2030 », a cité l’économiste. Une adoption rapide qui changera aussi le visage du marché du travail, alors que certains travailleurs seront à risque de chômage technologique et que plusieurs tâches seront automatisées, a-t-il enchaîné.

S’il est difficile de mesurer cet impact, 42% des entreprises canadiennes estiment que la main-d’œuvre va devoir s’ajuster dans les trois prochaines années à l’intelligence artificielle et aux nouvelles technologies, selon le IBM Institute for Business Value. « Toutefois, les études montrent que les professions ne disparaîtront pas, mais que ce sont plutôt certaines tâches qui sont plus routinières par exemple, qui seront affectées », a souligné Alexandre Gauthier Belzile. Bref, les travailleurs ne seront pas remplacés par l’IA, mais les travailleurs qui utilisent l’IA remplaceront ceux qui n’ont pas adopté cette technologie.

La formation continue en entreprise, c’est payant à plus d’un niveau!

Adapter son argumentaire et son approche pour interpeller le milieu des affaires

Olivier Pastor Directeur général – Unoria

C’est en 2022 que la coopérative agricole Unoria a pris naissance, suite à la fusion de deux coopératives agricoles de la région du Bas-Saint-Laurent. Pour faire atterrir ce projet d’envergure, la nouvelle entité a formé ses employés, notamment à la gestion du changement.

« Nous n’avons pas des budgets illimités, donc investir en formation doit permettre d’augmenter notre rentabilité et les compétences de nos employés. Nous sommes donc stratégiques dans nos choix, en fonction de nos objectifs », a expliqué Olivier Pastor, chef de la direction d’Unoria, qui a témoigné de son expérience avec les services de formation continue de l’UQAR.

Cet atelier a donc permis d’outiller les participants pour les aider à développer un argumentaire convaincant pour les entreprises. « En organisation, la formation continue doit être stratégique », a rappelé Stéphanie Fissette, chargée de cours à l’UQAR. Pour cela, il faut non seulement bien cerner les objectifs de l’organisation, mais aussi ses contraintes externes, « comme l’adoption de nouvelles réglementations auxquelles elles doivent se conformer. » Idem pour les critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) de plus en plus courants pour analyser les entreprises à travers le monde.

Stéphanie Fissette Chargée de cours – UQAR

Pour adapter son argumentaire, il faut donc être au fait de ces enjeux. Pour cela, Stéphanie Fissette suggère d’utiliser la grille PESTEL (politique, économique, sociologique, technologique, environnemental et légal), disponible en ligne. « Plusieurs organisations ont aussi en main des indicateurs de performance, appelés KPI en langage comptable, qui peuvent vous aider à cerner leurs priorités. » Planification stratégique et plan de développement des compétences peuvent aussi être fort utiles pour décoder les besoins de l’organisation.

Dans un monde idéal, il serait intéressant de développer des outils pour mesurer l’effet de la formation sur l’entreprise ou le retour sur l’investissement (R.O.I.) Si certaines variables, comme le nombre d’accidents, le taux de roulement ou l’absentéisme sont facilement mesurables, ce n’est pas toujours le cas, a souligné Olivier Pastor. « C’est certain que, si l’on forme les gestionnaires sur les habiletés politiques, il y a aura un impact sur leur faculté à faire passer leurs idées, à influencer leurs équipes. Mais c’est beaucoup moins facile à mesurer que l’impact d’une formation en lean management. »

« Cela vaut la peine d’essayer d’aller chercher quelques mesures auprès des organisations après une formation, de faire un suivi. Même si c’est un défi d’isoler le facteur formation, cela pourrait faire l’objet d’un intéressant projet de recherche universitaire », a conclu la chargée de cours.

La formation continue: équité, diversité et collaboration stratégique pour un milieu d’apprentissage inclusif

Michelle Castaneda Solution INNoVA, Colombie-Britannique

24% des adultes en âge de travailler rapportent avoir au moins un handicap et dans plusieurs des cas, celui-ci est invisible. D’où l’importance pour les établissements d’enseignement de s’adapter aux besoins variés de leur population étudiante et adoptant notamment les principes de la conception universelle de l’apprentissage (CUA), a rappelé Michelle Castaneda consultante en inclusivité chez Solution INNoVA, une entreprise de Colombie-Britannique.

Ajouter une rampe d’accès est non seulement utile aux personnes en fauteuil roulant, mais aussi aux aînés ou aux parents avec une poussette. Offrir la possibilité d’agrandir du texte rend la lecture plus facile aux personnes malvoyantes, mais aussi à celles qui souffrent de presbytie. Les logiciels qui lisent du texte à voix haute sont fort utiles pour les personnes aveugles, mais aussi celles vivant avec certains problèmes d’apprentissage, comme la dyslexie.

« Ces exemples montrent qu’appliquer les principes d’accessibilité profitent à tout le monde. Cela nous permet de mieux travailler, d’être plus efficaces et efficients, peu importe qu’on soit handicapés ou non », a expliqué Michelle Castaneda. Les organisations ont donc tout avantage à lever ces barrières qui peuvent être physiques, mais aussi technologiques, communicationnelles ou même systémiques – comme le fait d’évaluer oralement un élève lors du processus d’admission.

Les principes de la CUA, qui se basent sur la neuroscience cognitive, s’avèrent aussi fort utiles. Pour cela, il faut susciter l’engagement de la personne, en identifiant ce qui la motive. « Ici, on peut offrir des choix, des options basées sur les intérêts des apprenants. » Une diversité qui doit aussi se refléter sur les moyens de communication utilisés, en proposant diverses options pour accéder au contenu et le présenter. « On peut partager un vidéo, du texte, de l’audio, des infographies ou des visuels, donne-t-elle en exemple. C’est aussi possible de prévoir des sous-titres ou, pour les documents écrits, plusieurs tailles de caractères. Le fait de distribuer le matériel à l’avance peut aussi aider. »

Cette multiplicité des moyens vaut aussi pour l’évaluation, en proposant aux étudiants différentes méthodes permettant de démontrer leurs acquis. « Les apprenants ne sont pas unidimensionnels. Il est vraiment important de considérer que chaque personne va apprendre différemment en fonction du contexte dans lequel elle se trouve, en fonction de son identité », a-t-elle aussi précisé. Ainsi, un immigrant nouvellement arrivé n’aura pas les mêmes enjeux qu’une personne née au pays.

Il est également possible d’offrir du soutien en classe aux étudiants ayant des besoins similaires – en créant des groupes de travail – ou encore d’accommoder certaines personnes. Pour cela, on peut offrir du temps supplémentaire pour faire un examen, du tutorat, des technologies d’assistance ou des formats alternatifs, comme le braille. D’autres auront aussi besoin d’une personne pour prendre ses notes par exemple. Des adaptations qui doivent se faire en respectant les principes de dignité, de respect et d’inclusion, a rappelé la spécialiste. Une approche gagnante pour tous.

La motivation à apprendre : une clé pour l’éducation des adultes

Joane Deneault, Ph. D. Professeure en psychologie du développement de l’enfant et de l’adolescent, UQAR

Professeure en psychologie du développement de l’enfant et de l’adolescent à l’UQAR, Joane Deneault a tenté d’amener les participants « dans la tête des apprenants adultes ». Objectif? Comprendre les déterminants psychologiques qui soutiennent – ou freinent – leur motivation à apprendre.

« La motivation à apprendre, c’est la tendance à s’engager dans des activités d’apprentissage et à faire les efforts nécessaires pour mener à terme des tâches qui représentent un certain défi. Autrement dit, il faut s’engager, mais aussi persévérer », a expliqué la professeure. Pour cela, l’apprenant doit percevoir la valeur de l’apprentissage. « Quelle est l’utilité de la formation? Qu’est-ce que cela va m’apporter? Est-ce que cela va m’aider dans mes tâches ou me permettre de me réorienter? Ai-je le temps, les moyens, l’énergie? » Ainsi, si la personne a l’impression que cela vaut le coût, cela augmente sa motivation.

Cette envie de faire des efforts est aussi influencée par la perception d’être capable de réussir. En effet, certaines personnes vont avoir tendance à percevoir l’intelligence comme quelque chose de fixe, mais ce n’est pas le cas, explique la spécialiste. Elle donne en exemple les chauffeurs de taxi de Londres. « Ils doivent apprendre par cœur toutes les rues de la ville si bien que la région du cerveau responsable de la mémorisation spatiale, l’hippocampe postérieur, est surdimensionnée chez eux. Et plus le chauffeur a d’expérience, plus cette zone est développée. »

« Quand on perçoit l’intelligence comme quelque chose de fixe, on a l’impression que c’est parce qu’on n’est pas bon qu’on doit faire des efforts. Mais quand on voit que cela peut se développer, les efforts sont plutôt perçus comme un outil pour progresser. Même chose pour les erreurs, qui sont normales quand on apprend », ajoute-t-elle. Les formateurs ont donc pour rôle de montrer le chemin parcouru, surtout que le cerveau a tendance à se concentrer sur les problèmes. Une façon de nourrir le sentiment d’efficacité des apprenants.

De la même manière, insister sur le but de l’apprentissage – acquérir de nouvelles compétences – plutôt que sur l’aspect performance – réussir, avoir de bonnes notes – peut aussi modifier les perceptions. « Pour conserver sa motivation, l’apprenant doit aussi avoir un certain contrôle, par exemple sur ses stratégies d’apprentissage, et apprendre à s’autoréguler, donc à devenir plus autonome. »

Des éléments qui ne sont pas toujours si faciles à contrôler, dans un contexte de formations de courte durée, ont fait valoir les participants. Or, cela peut faire partie des arguments face aux clients pour offrir du contenu sur une plus longue période, en incluant des moments pour tester ces nouvelles connaissances dans la réalité, a-t-on aussi souligné.

Dénominateurs communs des collaborations internationales: professionnalisation, employabilité et partenariat

Marie Alexandre Professeure titulaire en sciences de l’éducation – UQAR

Sénégal, Maroc, Côte d’Ivoire, Tunisie, Guinée: la professeure titulaire en sciences de l’éducation à l’UQAR, Marie Alexandre, est venue partager son expérience à l’international alors qu’elle pilote actuellement une recherche-action en Guinée pour former des formateurs.

Cette longue feuille de route est précieuse pour comprendre à quel point l’agilité et l’adaptabilité s’avèrent de mise dans ce genre de collaborations. Pendant ce projet qui est toujours en cours, Marie Alexandre a réalisé que plusieurs participants ne savaient pas utiliser l’ordinateur, alors que l’enseignement se voulait hybride. « On s’insérait dans un programme de compétences où celles en lien avec la technologie étaient censées être enseignées au préalable. Constatant cela, nous sommes donc revenus au papier crayon. »

Toujours au point de vue technologique, il a fallu installer « une plateforme en mode asynchrone où on peut se parler quand ils ont de l’électricité, quand c’est possible pour eux. » Il a aussi fallu tenir compte de la barrière de la langue, alors que les mots n’ont pas toujours la même signification. Sans compter les rapports d’autorité ou le lien avec la réussite, qui modifient les rapports humains.

De même, l’horaire a été complètement chamboulé à cause de célébrations religieuses, dont certaines sont particulières à ce coin du monde. « Ils sont tellement habitués qu’ils ne pensent même pas à nous le dire. » La gestion des budgets peut aussi s’avérer complexe, puisque ce n’est pas toujours si évident d’identifier qui est le porteur de projet, donc qui détient les cordons de la bourse. « Gardez-vous toujours un petit coussin pour les imprévus », conseille-t-elle.

Apprendre les uns des autres

« Mon objet d’investigation, c’est la professionnalisation de personnes formatrices en lien avec la qualification de la main-d’œuvre du XXIe siècle », a rappelé Marie Alexandre. Un sujet d’autant plus intéressant qu’actuellement, la mobilité – que ce soit à l’échelle locale, régionale, nationale, internationale ou entreprise – s’avérera cruciale dans les prochaines années, montre la recherche.

« On parle aussi de compétence durable, c’est-à-dire qui est activé périodiquement, parce que j’en ai besoin au quotidien. Pour être durables, ces compétences doivent être aussi être transférables d’une tâche à une autre. » Son projet de recherche lui permet donc, entre autres, de mieux comprendre comment on réfléchit, on définit un métier. Des concepts à mettre en lien avec l’employabilité et la professionnalisation, qui s’obtiennent entre autres via la formation.

« En Afrique, il y a une volonté de se prendre en main et de configurer ce que sera leur main-d’œuvre, ce que sera leur pays, à leur manière », a expliqué la chercheure. Ainsi, il faut voir ce genre de partenariat comme un échange. « Pourquoi je vais aller chercher un partenaire international? Qu’est-ce que je vais attendre de cette collaboration? Je veux partager des connaissances, de bonnes pratiques. » Des relations fructueuses de part et d’autre.

Collaboration avec des communautés autochtones et immigration:

Quels sont les dénominateurs communs qui favorisent l’adaptabilité de la formation continue

Volet Communautés Autochtones

Bérénice Mollen-Dupuis Conseillère en développement d’affaires – dossiers autochtones – Formation Continue de l’UQAT

Quelles sont les bonnes pratiques en matière de collaboration avec les communautés autochtones et Inuit? Comment tisser des liens? Existe-t-il de bonnes pratiques à mettre en place? C’est à ces questions que Sally Rankin et Bérénice Mollen-Dupuis, coordonnatrice et conseillère en développement d’affaires – Dossiers autochtones au Service de la formation continue de l’Université de Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) ont tenté de répondre pendant cet atelier.

Au sein de la formation continue, le volet dossiers autochtones a été lancé il y a plus de dix ans, a rappelé Bérénice Mollen-Dupuis et offre différents types de formations qui touchent des sujets comme l’histoire et les réalités actuelles des Autochtones ou les interventions dans le secteur de la santé et des services sociaux. « On propose aussi des formations sur mesure et nous pouvons adapter du contenu qui existe déjà aux réalités régionales. En complément, nous proposons du coaching, de l’accompagnement et des conférences. »

Sally Rankin Coordonnatrice, UQAT

Tout le contenu a été développé en collaboration avec les communautés et les organismes autochtones, ajoute Sally Rankin. « Je pense qu’une des bonnes pratiques à mettre dans son baluchon, c’est d’ailleurs de travailler par, pour et avec les communautés autochtones. Cela fait partie de notre ADN. ».

Une bonne collaboration passe aussi par une meilleure connaissance des peuples autochtones composés de 11 nations au Québec, a rappelé la coordonnatrice. « Chacune d’entre elles a sa langue, sa culture, sa réalité. » Sally Rankin a d’ailleurs pris quelques minutes pour expliquer les principes de communauté ainsi que de gouvernance, à travers le conseil de bande. Une réalité totalement différente de celle des Inuit, installés dans des villages nordiques.

Pour que cette collaboration soit fructueuse, il faut reconnaître les différents obstacles à la communication, comme le racisme, la discrimination, les clichés ou les stéréotypes, a-t-elle poursuivi. « Si on veut les déconstruire, il faut les nommer, les reconnaître. » Pour ne pas commettre de faux pas, il ne faut pas hésiter à poser des questions. « Il faut prendre le temps d’observer, d’écouter, éviter d’adopter une attitude d’expert, se montrer empathique et respectueux », détaille la conseillère. Autrement dit, il faut respecter la vision de l’autre pour trouver un terrain d’entente.

Une attitude qui permet de créer une relation de confiance. « Ainsi, on augmente le sentiment de sécurité culturelle et on permet la prise de décisions éclairées », résume Bérénice Mollen-Dupuis. C’est d’ailleurs ces principes qui ont soutenu l’UQAT dans son projet de reconnaissance territoriale qui implique plusieurs actions, dont la formation de tout son personnel pour les sensibiliser aux réalités des Premières Nations.

Pertinence d’un cadre de qualification au Québec comme outil structurant pour reconnaître, comparer et soutenir le développement des compétences

Nathalie Langlois Coordonnatrice de la Commission de l’éducation des adultes et de la formation continue, Direction de la coordination, de la recherche et de l’analyse

Le Conseil supérieur de l’éducation a déposé en mai dernier, différentes recommandations autour de l’implantation d’un cadre national de qualification qui permettrait non seulement de reconnaître, mais aussi de comparer et de soutenir le développement des compétences au Québec. Un enjeu qui touche plusieurs acteurs de l’éducation au Québec, incluant ceux de la formation permanente.

C’est lors d’un précédent avis sur les personnes immigrantes que cet organisme a décidé de se pencher sur la question d’un cadre national de qualification. « Le Conseil en appelait alors à une plus grande synergie des actrices et des acteurs en éducation des adultes, notamment pour favoriser l’intégration socioprofessionnelle des personnes immigrantes, pour faire valoir leur valeur sur le marché du travail et pour assurer la cohérence et la convivialité de l’offre éducative et favoriser l’engagement de la société tout entière », a expliqué Nathalie Langlois, coordonnatrice de la Commission de l’éducation des adultes et de la formation continue à la direction de la coordination, de la recherche et de l’analyse du Conseil.

Amélie Bernier Professeure, École des sciences de l’administration TELUQ

Alors que 150 pays à travers le monde se sont dotés d’un tel système ou sont en voie de le faire, le Conseil a donc décidé d’évaluer la pertinence d’implanter un tel outil au Québec. « Nous ne sommes pas ici pour vous présenter un modèle de cadre ou une marche à suivre, puisque ce n’est pas notre mandat. Selon nous, ce sont les différents acteurs de l’éducation des adultes et de la formation continue qui doivent le construire », a-t-elle mentionné. Pour son avis, l’organisme a d’ailleurs consulté de nombreux organismes et spécialistes, en plus de la littérature scientifique.

Vers un organisme régulateur?

Dans son avis, le Conseil recommande entre autres au gouvernement de créer un organisme régulateur qui aura pour mandat de développer et de mettre en œuvre un cadre national de qualification en concertation avec les actrices et les acteurs concernés, a expliqué Amélie Bernier, professeure à l’École des sciences de l’administration de la TELUQ et coordonnatrice de la Commission de l’éducation des adultes et de la formation continue. Un organisme qui devra présenter une structure de gouvernance multipartite et indépendante, incluant les différents ministères et acteurs concernés.

« L’organisme régulateur devra aussi s’assurer de consulter, dès le début et tout au long du processus de création de l’outil, une variété de gestionnaires ainsi que d’intervenantes et d’intervenants de première ligne associés à la délivrance et à la reconnaissance de qualifications à tous les niveaux », a précisé la coordonnatrice.

Dans la même veine, le Conseil recommande au gouvernement de « réviser dans les plus brefs délais la Politique gouvernementale d’éducation des adultes et de formation continue pour l’ajuster aux nouvelles réalités sociales et économiques et soutenir le déploiement d’un cadre national de qualification », précise-t-elle.

« Comment peut-on faire pour remettre l’adulte au centre du système de formation et de qualification? Pour dénouer les nœuds et les défis qu’il rencontre? Pour rendre plus fluide leur parcours d’apprentissage et permettre une plus grande mobilité sur le marché du travail? Comment conserver l’équilibre entre les impératifs économiques et le développement global de la personne? », a conclu Nathalie Langlois. Autant de questions qui alimenteront la réflexion.

Des engagements internationaux en éducation des adultes pour la période 2022-2034

Daniel Baril Directeur général de l’ICEA et président du CA de l’Institut de l’UNESCO pour l’apprentissage tout au long de la vie (UIL)

Chaque douze ans, l’Institut de l’UNESCO pour l’apprentissage tout au long de la vie (UIL) demande à ses états membres de s’engager sur la question de l’éducation aux adultes, autour de la Conférence internationale sur l’éducation des adultes (CONFINTEA). En tant que président du conseil d’administration de l’UIL et directeur général de l’Institut de coopération pour l’éducation des adultes (ICEA), Daniel Baril a pu prendre une part active à cet événement d’envergure dont la dernière édition s’est bouclée en 2022, à Marrakech, au Maroc.

Cette rencontre, précédée d’un long travail de préparation, a réuni plus de 1 125 participants venus de 149 pays, dont un chef d’État, des ministres, des ambassadeurs, mais aussi des membres de la société civile. « Ce qui est particulier, c’est que ces engagements doivent durer pendant douze ans. Il faut donc avoir à la fois un pied dans le présent et un autre dans le futur », a indiqué Daniel Baril. À titre de président, il a entre autres participé à la formulation des engagements, présidé le comité de rédaction et organise maintenant les mécanismes de suivi de ces obligations à l’échelle internationale.

Des discussions qui se sont déroulées sous fond d’enjeux géopolitiques, a-t-il expliqué. « Ce qui est aussi intéressant, c’est qu’il faut que cet exercice reflète à la fois la réalité des pays du Nord et du Sud. » Ainsi, parmi les grands thèmes soulevés cette année, celui de la gouvernance, alors qu’il est de plus en plus reconnu que le droit à l’éducation doit inclure le droit à l’apprentissage tout au long de la vie.

La CONFITEA s’est aussi penchée sur les systèmes d’apprentissage et d’éducation des adultes, alors que plusieurs entreprises privées prennent une place importante à ce chapitre. « Prenant acte de l’écosystème complexe de l’éducation des adultes, qui se compose d’une grande diversité, les membres ont néanmoins identifié le rôle multidimensionnel de l’État, en particulier pour préserver une perspective de biens publics et de biens communs. Dans ce contexte, ce rôle reste entier. »

Les participants se sont aussi engagés à renforcer la formation initiale et continue et plus largement le soutien des éducateurs et de tout le personnel actif en soutien à l’apprentissage des adultes, a-t-il précisé. « Les États ont aussi considéré essentiel d’affirmer que la diversité se trouve au cœur de l’éducation des adultes, un principe fondamental. » En effet, chaque adulte est unique et transporte un bagage qui lui est propre. On reconnaît donc cette pluralité des moyens éducatifs, des modalités, des types de formations… « Dans cet esprit, les États se sont engagés à accroître de manière significative la participation à l’éducation des adultes, surtout les populations vulnérables et exclues. » Des engagements à surveiller, jusqu’en 2034.