Entrevue avec Michel Janosz, doyen de la Faculté de l’éducation permanente de l’Université de Montréal

Alors que les sociétés et le marché du travail évoluent à vitesse grand V, comment l’université peut-elle accompagner les travailleurs dans leurs apprentissages tout au long de leur carrière ? Doyen de la Faculté de l’éducation permanente de l’Université de Montréal depuis octobre dernier, Michel Janosz nous fait part de ses réflexions.

« Il faut que la formation continue devienne aussi normale que d’aller à l’école au primaire ou au secondaire. Une culture qui reste encore à implanter dans nos collectivités, alors que tout bouge tellement vite en matière de développement de nouvelles compétences, de nouveaux savoirs », observe Michel Janosz.

Mais si le réflexe de se tourner vers les échelons secondaires ou techniques pour développer les compétences de la main-d’œuvre est bien ancré, ce n’est pas toujours le cas pour la formation universitaire. Il s’agit toutefois d’un partenaire à ne pas écarter, surtout dans un contexte où le marché du travail évolue en mode accéléré.

Trouver son créneau

« Une des choses qui m’a beaucoup frappé depuis que je suis entré en poste, c’est que lorsqu’on parle de formation tout au long de la vie, l’offre de services est déjà nombreuse, ajoute-t-il. Les niveaux secondaires et le collégial sont très impliqués dans les offres de formation continue, en plus des universités. Et j’exclus toutes les offres privées qui en font une spécialisation. »

Dans ce monde en mutation, l’université du futur doit donc trouver « sa niche » en misant sur les forces qui lui sont propres, pense-t-il. Un terrain sur lequel les autres joueurs de l’industrie ne peuvent compétitionner. « Par exemple, l’Université de Montréal a développé une expertise assez unique dans le développement de formations professionnelles dans des domaines comme la criminologie ou le droit. » Sans entrer dans les détails, le doyen ajoute que la faculté d’éducation permanente planche actuellement sur d’autres projets allant dans ce sens.

L’université doit ainsi se positionner comme un partenaire pour développer les compétences des diplômés universitaires même après l’obtention de leur grade, précise aussi Michel Janosz. « Ce n’est pas parce qu’une personne est diplômée qu’elle va arrêter d’avoir besoin de parfaire ses apprentissages. Nous travaillons d’ailleurs sur différents projets qui permettront d’envoyer ce message à nos finissants. » La FEP mise aussi sur la reconnaissance des acquis, pour faciliter l’accès aux études universitaires à ceux ayant un parcours moins linéaire.

Flexibilité technologique

Au-delà du contenu, les établissements universitaires doivent aussi réfléchir aux nouvelles manières de transmettre le savoir. Une question d’autant plus importante avec l’arrivée de grands joueurs du monde technologique qui bousculent les façons de faire. « Les Google de ce monde investissent ce champ avec des moyens pour lesquels on ne peut compétitionner. Mais en même temps, ils redéfinissent le champ, la façon dont les gens peuvent accéder à des connaissances, à des savoirs et éventuellement à des expertises et des compétences. »

Une flexibilité appréciée des nouvelles générations. D’où l’importance de prendre ce virage. « L’université doit donc continuer d’accompagner les étudiants après leur diplôme, mais différemment, en utilisant de nouvelles technologies, comme des plateformes, des badges, des microprogrammes, ou des applications d’autoformation sur son cellulaire, illustre-t-il . Bref, il faut se montrer beaucoup plus flexible quant aux apprentissages. »

Une façon de faire en émergence à l’Université de Montréal. Michel Janosz cite en exemple CompétencesFEP, un outil qui permet d’évaluer ses compétences en tant qu’étudiants ainsi que sa littératie numérique. « On recommande ensuite aux étudiants toutes sortes d’outils en ligne, comme des capsules d’autoformation, qui vont l’aider à développer leurs compétences ou à compenser leurs faiblesses. »

Bref, l’université a tous les outils en main pour développer cette culture d’apprentissage. Une tendance qui risque de s’accélérer dans les années qui viennent.

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