Entrevue avec Daniel Baril, directeur général de l’Institut canadien de coopération pour l’éducation aux adultes (ICEA) et président du conseil d’administration de l’Institut de l’UNESCO pour l’apprentissage tout au long de la vie (UIL)

Daniel Baril venait à peine de commencer son mandat à titre de président du conseil d’administration de l’Institut de l’UNESCO pour l’apprentissage tout au long de la vie (UIL) quand la pandémie de la COVID-19 a mis sur pause la planète, ou presque. Aujourd’hui à plus de mi-parcours, que retient-il de cette expérience ? Entrevue.

Entré en poste en janvier 2020, Daniel Baril est le premier Québécois à présider le conseil d’administration de l’UIL, une organisation mondiale fondée en 1952 et installée à Hambourg en Allemagne. Ce centre d’expertise de l’UNESCO tente de favoriser l’éducation sous toutes ses formes chez les adultes à travers la planète. Aujourd’hui, celui qui est également directeur général de l’Institut canadien de coopération pour l’éducation des adultes (ICEA) siège avec des représentants des quatre coins de monde, par exemple du Cameroun, de Cuba, de la Chine ou de la Suède. Ce qui lui permet de garder un œil sur l’éducation ici comme ailleurs sur la planète.

Selon Daniel Baril, la COVID-19 a révélé la force des villes pour favoriser l’apprentissage. De mars à juin, toutes les semaines, des représentants de municipalités ont témoigné de leur expérience à ce chapitre dans des conférences virtuelles organisées par l’UIL. « Le premier webinaire a permis de découvrir comment Wuhan, ville de Chine où est apparue la COVID-19, a composé avec cette situation, rappelle-t-il. C’était intéressant de voir comment ils ont géré les différents enjeux en lien avec la santé publique, la fermeture des écoles, le manque d’équipements ou de compétences numériques de certaines personnes. »

 

Des villes apprenantes : un concept à découvrir

Cette série a donc permis de mettre de l’avant le réseau des villes apprenantes qui, même s’il est relativement nouveau, semble déjà solidement ancré, mentionne Daniel Baril. En effet, depuis la déclaration de Pékin sur la création des villes apprenantes en 2013, plus de 200 municipalités à travers le monde ont rejoint ce regroupement. « Les villes ont comme objectif le bien-être de leurs résidents, ce qui passe par l’éducation. D’abord, ils gèrent différents équipements qui peuvent servir à cette fin, comme les bibliothèques, les organismes communautaires ou les musées », explique Daniel Baril. Les municipalités peuvent aussi créer des espaces favorisant l’apprentissage, comme des ruelles vertes, où seront transmises des savoirs sur l’horticulture, illustre-t-il. Il était donc intéressant de se pencher sur ce rôle dans l’éducation des adultes en contexte pandémique.

Daniel Baril a aussi pu mettre en perspectives certains de ses constats, à la lumière de ce qui se passe ailleurs dans le monde. Il cite en exemple l’utilisation de technologies mobiles en éducation. Une voie très peu explorée par le réseau public au Canada. Mais, en Afrique, plusieurs offrent ce type de formations disponibles au bout des doigts, constate-t-il. Une façon de rejoindre plus facilement les communautés les plus reculées. « Dans ce contexte, le coût d’un téléphone intelligent ou l’accès à Internet haute vitesse en région deviennent des enjeux éducatifs », souligne-t-il. De quoi alimenter la réflexion sur le lien entre éducation et technologies.

 

Faire de l’éducation des adultes une priorité

Autre constat : alors que les administrations publiques ont réagi rapidement pour maintenir la formation des jeunes, ce qui est normal, l’éducation aux adultes a été la grande laissée pour compte de la crise. « On a vu que cette question ne figurait pas parmi les priorités et c’est encore vrai pour plusieurs pays », explique Daniel Baril. Pourtant, la gestion de la crise a beaucoup reposé sur la capacité d’apprendre des adultes, que ce soit pour s’adapter aux nouvelles technologies, pour réorganiser leur travail ou pour remplacer les enseignants au pied levé lors du premier confinement, rappelle Daniel Baril. Sans pour autant recevoir de soutien. « Plus que jamais, cela met de l’avant l’importance de reconnaître les différentes formes de l’apprentissage tout au long de la vie auprès des principaux membres de l’UNESCO qui sont des états, des gouvernements. »

La table est donc mise pour les prochains mois de son mandat, alors que l’UIL est en train de mettre la main à la pâte de la prochaine CONFINTEA, une conférence internationale sur l’éducation des adultes qui se déroulera en 2022. D’ici là, des rencontres virtuelles permettront d’identifier les enjeux locaux et les grandes orientations de la conférence. « Ces orientations vont guider le travail de l’UNESCO et de l’UIL pour les douze prochaines années. » Elles permettront aussi de mesurer la progression des états à ce chapitre, puisqu’ils rendent des comptes tous les trois ans à ce chapitre. Un dossier à suivre.

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